Éducation

Comprendre et soutenir un enfant dyslexique dans sa scolarité

Par Maxime
5 minutes

Décrypter la dyslexie : mieux comprendre pour mieux accompagner


En France, la dyslexie concerne environ 5 à 10 % des enfants d’âge scolaire. Ce trouble spécifique de l’apprentissage de la lecture n’a rien à voir avec un manque d’intelligence ou de motivation. Il s’installe précocement et peut générer des difficultés, parfois méconnues, qui impactent durablement la scolarité, la confiance en soi et la vie familiale. Pourtant, une meilleure connaissance de la dyslexie et des adaptations adaptées peuvent transformer le parcours de l’enfant et alléger le quotidien de toute la famille.


Dyslexie : de quoi parle-t-on exactement ?


La dyslexie est un trouble neuro-développemental qui se manifeste essentiellement par des difficultés à identifier les mots écrits rapidement et précisément, à automatiser le décodage des syllabes et des sons, et par des erreurs fréquentes à la lecture. On distingue plusieurs types de dyslexie :


  • Dyslexie phonologique : difficultés à associer les sons (phonèmes) aux lettres ou groupes de lettres (graphèmes).
  • Dyslexie de surface : trouble de la reconnaissance visuelle globale des mots, l’enfant lit souvent en épelant ou syllabant.
  • Dyslexie mixte : forme la plus courante, mêlant les difficultés phonologiques et visuelles.

La dyslexie n’est pas une maladie : c’est une différence de fonctionnement cérébral, qui peut exister isolément ou s’accompagner d’autres troubles comme la dysorthographie (écriture) ou la dyscalculie (mathématiques).


Les signes qui doivent alerter parents et enseignants


Identifier la dyslexie dès les premiers apprentissages est essentiel. Certains signaux peuvent alerter :


  • Lenteur et fatigue évidente lors de la lecture à voix haute.
  • Confusions de sons proches (b/d, p/q, t/d, etc.).
  • Inversion de lettres, saut ou ajout de mots en lisant.
  • Mauvaises performances orthographiques malgré des apprentissages répétés.
  • Difficulté à restituer le sens d’un texte lu.
  • Mémoire de travail surchargée dès qu’il faut lire, même des consignes simples.
  • Découragement, perte d’estime de soi et parfois somatisations (maux de ventre ou de tête avant l’école).

Il importe de ne pas confondre difficultés passagères liées à l’apprentissage et troubles persistants. Un avis auprès d’un orthophoniste est le plus souvent nécessaire pour poser un diagnostic fiable.


Le parcours de soins et le rôle clé de l’orthophoniste


Lorsque la suspicion de dyslexie est posée, il est conseillé de consulter un médecin (pédiatre, généraliste) qui orientera vers un bilan orthophonique complet. L’orthophoniste propose :


  • Des tests normés (reconnaissance des sons, mémoire auditive, lecture, compréhension…).
  • Des séances de rééducation individualisée, régulières, centrées sur l’enfant.
  • Un accompagnement des parents, de précieux conseils pour la maison et un suivi des progrès auprès des enseignants.

Le diagnostic peut parfois nécessiter le recours à d’autres professionnels (psychologue, ergothérapeute, neuropédiatre), notamment si d’autres troubles sont associés.


Adapter la scolarité : des droits et des solutions concrètes


La reconnaissance de la dyslexie à l’école, par le biais d’un PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé) ou d’un PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation), permet de mettre en place des adaptations justes et efficaces. Parmi elles :


  • Aménagement de la charge de lecture : consignes oralisées, consignes abrégées, documents agrandis ou adaptés.
  • Utilisation d’outils technologiques : ordinateur/tablette pour la prise de notes, logiciels de dictée vocale ou de lecture à haute voix.
  • Temps supplémentaire lors des évaluations, prise en compte des efforts fournis et non seulement du résultat final.
  • Droit à une correction bienveillante et à la non-pénalisation des fautes d’orthographe lorsqu’elles relèvent du trouble identifié.
  • Possibilité de décloisonner certaines matières, bénéficier d’une aide humaine (AVS/AESH) si besoin.

L’équipe éducative joue un rôle majeur dans le repérage, l’écoute et l’application de ces mesures d’aide. Les parents peuvent s’appuyer sur des associations comme APEDYS ou Fédération Française des DYS pour se faire conseiller.


Soutenir son enfant à la maison : une alliance précieuse


Le vécu familial de la dyslexie est souvent ambivalent : fierté devant les efforts, parfois inquiétude ou lassitude face aux difficultés répétées. Quelques grandes lignes aident à traverser ces défis :


  • Adopter une posture bienveillante : Valorisez chaque progrès, même modeste. L’échec fait partie du parcours et ne doit pas être assimilé à un désintérêt ou à de la paresse.
  • Favoriser l’autonomie et l’auto-estime : Encouragez votre enfant à expliquer ses propres stratégies. Laissez-le choisir ses supports (livres adaptés, audios, BD, tablette…).
  • Instituer des routines sécurisantes : Un planning clair (devoirs, révisions courtes) et des temps de pause réguliers favorisent la concentration et le lâcher-prise.
  • Alléger la pression : Privilégiez la qualité sur la quantité de travail à la maison. En cas de fatigue extrême, n’hésitez pas à demander une adaptation temporaire des devoirs.

Quelques astuces du quotidien pour faciliter les apprentissages


  • Privilégier les supports de lecture adaptés : police dyslexie, livres audio, vidéos éducatives.
  • Utiliser des outils ludiques (jeux de lettres magnétiques, applications interactives pour la lecture et l’orthographe).
  • Fractionner les tâches longues (lecture d’un texte découpée en plusieurs séances).
  • Recourir aux couleurs et schémas pour la mémorisation (codes couleurs pour les conjugaisons, mind mapping pour les leçons).
  • Lire ensemble, à voix haute, sans jugement, pour partager le plaisir de l’histoire plutôt que la performance.

Préserver la confiance et le bien-être émotionnel


Les enfants dyslexiques sont souvent confrontés à l’incompréhension ou aux moqueries, ce qui peut abîmer leur estime d’eux-mêmes. Il est fondamental de :


  • Écouter et valider leurs ressentis : “Je comprends que cela te semble injuste, c’est normal d’en avoir assez parfois.”
  • Faire émerger leurs talents en dehors de l’école : sport, activités artistiques, centres d’intérêt variés.
  • Aider à différencier les difficultés scolaires de leur valeur personnelle.
  • Encourager la prise de parole auprès du corps enseignant pour expliquer son trouble : un enfant qui sait s’exprimer sur sa dyslexie devient plus puissant pour défendre ses besoins.

Un accompagnement psychologique peut parfois être utile en cas de démotivation importante ou de souffrance persistante.


Outils numériques et ressources pour progresser différemment


Le numérique occupe une place grandissante pour accompagner les enfants dyslexiques :


  • Les logiciels et applications de lecture et d’orthographe (Dybuster, Lexibar, Korthlex…)
  • Les correcteurs orthographiques avancés et outils de dictée vocale (inclus dans la plupart des tablettes et ordinateurs actuels).
  • L’accès à des manuels scolaires numériques avec options de lecture audio.
  • Des podcasts, chaînes vidéo éducatives, « cartes mentales » interactives permettent une révision plus visuelle et orale.

Il est utile de se rapprocher des équipes éducatives pour connaître les droits d’adaptation logicielle et matérielle (prêt d’ordinateur par la MDPH par exemple).


Comprendre que chaque enfant progresse à son rythme


La prise en charge de la dyslexie n’est pas une course contre la montre. Les progrès sont souvent non linéaires : ils comportent des périodes de blocages et de franches avancées. Chaque année scolaire peut amener son lot de défis – changement de professeurs, orientation, examens… – mais aussi de réussites inestimables.


  • Ne jamais comparer un enfant dyslexique aux autres : la comparaison alimente la frustration. Chaque parcours est unique et mérite d’être respecté.
  • Fêter chaque progrès : Mettez en place des petits rituels de célébration – goûter spécial après une bonne note, tableau des réussites, messages d’encouragement.
  • Valoriser la coopération entre l’école et la famille : des échanges réguliers, en confiance, permettent d’ajuster les aides et de prévenir l’isolement.

Pour aller plus loin : ressources et liens utiles


  • Apedys – Fédération Française des Dys : informations, groupes de parole, aide juridique (www.ffdys.com).
  • Allo Ortho : plateforme de conseils, répertoires de professionnels.
  • Livres et supports audio adaptés : contactez les bibliothèques municipales, la médiathèque Valentin Haüy, ou explorez des applications comme Lirabulle ou StorySign.

Vous vivez ce parcours ou souhaitez partager vos astuces d’accompagnement ? Confiez vos questions et témoignages sur familleheureuse.fr ! Car chaque expérience nourrit la communauté, allège le sentiment d’isolement et contribue à offrir à chaque enfant la scolarité inclusive et épanouie qu’il mérite.

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